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La présente recherche porte sur l’examen de trois ouvrages écrits par des orientalistes français œuvrant au sein de l’Institut des hautes études marocaines (IHEM) sous le protectorat français au Maroc. Leurs auteurs, Lévi-Provençal (1922), Brunot (1931) et Loubignac (1952), qui font à la fois office d’ethnographes, de linguistes, d’enseignants et de traducteurs, ont composé ces ouvrages en suivant le modèle de William Marçais dans le but d’homogénéiser les « matériaux [pour assurer] la solidité de l’édifice » (Brunot, 1931, ii).

Les études d’ordre ethnographique, menées au Maroc entre 1912 et 1956, ont aidé à appuyer la Mission scientifique[1] du Maroc et à valoriser les rôles de la Section sociologique[2] et de l’IHEM. Créé par l’arrêté viziriel du 11 février 1920, l’IHEM avait pour mission « de provoquer et d’encourager les recherches scientifiques relatives au Maroc, de les coordonner et d’en centraliser les résultats » (France-Diplomatie, 2009). Lévi-Provençal, Brunot et Loubignac ont recueilli des informations ethnographiques sur le Maroc et ses habitants afin de prodiguer, entre autres, un enseignement de valeur à leurs concitoyens français, à une élite de Marocains et à des étrangers. Les trois ouvrages qui forment notre corpus s’inscrivent dans ce courant de recherche. Ces ouvrages sont composés de la façon suivante : transcription d’entrevues en langue arabe, transcription en caractères latins et traduction française annotée.

Les années 1912-1956 constituent une période très importante dans l’histoire du Maroc. En effet, en 1912, le Maroc perd son droit à la liberté en raison d’un endettement sans précédent envers la France et l’Espagne. Plus précisément le 30 mai 1912, le sultan Moulay Hafid signe le Traité du protectorat, dit Traité de Fès qui durera 44 ans et ne prendra fin que le 7 mars 1956 par l’annonce du sultan Mohammed V de l’indépendance du Maroc. Le « protectorat », ce « régime juridique établi par un traité international et selon lequel un État protecteur exerce un contrôle sur un autre (État protégé), spécialement en ce qui concerne ses relations extérieures et sa sécurité » (Le Petit Robert électronique, 2007), conduit l’État protégé, comme le souligne Rodriguez Aguilera dans son ouvrage Manuel de droit marocain, à « cesse[r] d’être un état souverain » (1954, 16). En ce qui concerne le Maroc, poursuivit-il, le protectorat s’imposait puisque l’Empire chérifien connaissait une désorganisation et était devenu « pépinière d’anarchies et foyer dégradant de sauvagerie […] » (op. cit., 17). 

L’originalité de la présente recherche réside dans le fait qu’aucune étude, à notre connaissance, n’a été menée sur le rôle sociopolitique de la traduction et sur celui des traducteurs sous le protectorat français au Maroc.

Biographie

Hasnaa Kadiri est traductrice anglais-français-arabe, correctrice, réviseure, interprète et chargée de cours à l’Université de Montréal. Elle détient un baccalauréat et une maîtrise en traduction de l’Université de Montréal et est actuellement en rédaction d’une thèse de doctorat intitulée La traduction au Maroc sous le protectorat français 1912-1956. Ses champs d’intérêt sont l’histoire de la traduction, la théorie de la traduction et la traduction ethnographique.

[1] Il s’agit de la première institution scientifique mise en place par la France au Maroc en 1904 et dont l’objectif principal est l’étude des populations marocaines.

[2] Nom donné, plus tard, à la Mission scientifique. 

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