à 

109
5455, avenue de Gaspé , Rez-de-chaussée - espace 109
Montréal (QC) Canada  H2T 3B3

Du 11 janvier au 10 mars 2018
Vernissage le 11 janvier à 19 h

Dans son ensemble, l’œuvre de Myriam Yates mise sur la puissance évocatrice de lieux singuliers ayant une résonance dans l’imaginaire collectif. Avec un regard photographique, elle réalise des plans vidéographiques minimalistes visant à explorer les dimensions spatiales, parfois transitoires, de ces espaces. Intéressée par leur aménagement — et leur vocation particulière —, l’artiste examine les lieux sous un angle architectural et urbanistique, avec une attention marquée pour l’espace public. Yates met de l’avant les qualités propres aux endroits filmés et soulève finement les enjeux sociaux et politiques qui influent sur le choix des espaces que nous valorisons, délaissons ou détournons de leur vocation première.

L’exposition Gander Islands réunit trois œuvres vidéographiques mettant en relation deux lieux insulaires : le terminal international de l’aéroport de Gander et les studios d’artistes de Fogo Island Arts sur l’Ile de Fogo à l’ouest de la côte terre-neuvienne. Bien qu’issus d’époques différentes et ayant des fonctions distinctes, ces lieux partagent une réalité insulaire accentuée par leur proximité géographique. Et, malgré cet isolement, tant l’aéroport que les studios d’artistes sont porteurs d’une ouverture sur le monde qui semble s’incarner dans un soucis tout particulier pour le design et l’architecture.

L’aéroport de Gander, à quatre heures de route de Saint-Jean (Terre-Neuve), est aménagé à la fin des années cinquante. L’esprit moderniste de l’époque s’y manifeste par du mobilier de designers influents tels Ray et Charles Eames et Robin Bush, la commande d’une murale au peintre canadien Kenneth Lochhead et un plancher de terrazzo qui reprend les motifs chers à Mondrian. Très stratégiquement, ces choix esthétiques contribuent à présenter une image progressiste du Canada aux voyageurs en transit — dont l’aéroport sera, dans la majorité des cas, le seul contact avec le pays. Cet arrêt nécessaire au  ravitaillement en essence pour les vols transcontinentaux a toutefois vite été obsolète grâce aux avancées rapides de l’aéronautique. L’imposant lounge de la zone internationale est aujourd’hui pratiquement désert, seuls y transitent encore à l’occasion les forces armées américaines et quelques dignitaires voyageant à bord d’avions privés. Dans une succession de plans fixes et de courts travellingss’enchainant en boucle sur trois grands écrans suspendus dans l’espace, Myriam Yates dissèque cet espace incongru et laisse entrer, dans le lent défilement des images, l’histoire du lieu. Présentée sur deux moniteurs, une seconde œuvre atteste de la présence furtive de soldats américains en transit qui, brisant l’esthétique minimaliste du lieu, posent ça et là des autocollants à l’effigie des forces tactiques qu’ils représentent.

Quoique témoignant d’un univers différent, la monobande Island, Lyle, tournée à Fogo, une île tout près, aborde aussi cette sensation de vide procurée par les grands espaces. Mettant en valeur la qualité architecturale des studios d’artistes faisant la renommée de Fogo, les images tournées par Yates alternent entre des intérieurs géométriques, vides et silencieux et des paysages hivernaux minimalistes. Ces environnements empreints de solitude sont curieusement habités par un jeune garçon qui semble confronter les lieux adoptant diverses positions combatives.

Captées avec une approche à première vue documentaire, les images déployées par Myriam Yates invitent à y projeter d’autres temporalités, à explorer des zones liminales.

Texte en partie adapté des documents fournis par l’artiste.







Myriam Yates développe une pratique qui s’articule essentiellement autour de l’image (vidéographique, filmique ou photographique). Son œuvre se déploie sous forme de grandes projections, d’installations ou de séries photographiques. L’artiste s’intéresse à la relation entre les lieux et leur représentation, prenant souvent comme ancrage des sites modernes ou en transition, dont le statut singulier questionne les liens entre l’individu, la modernité et l’architecture.

Ses œuvres ont été présentées lors d’évènements tels que Kassel Dokfest, Images Festival (Toronto), les Rencontres Internationales Paris/Berlin, le Mois de la Photo à Montréal et Nuit Blanche Toronto. Elles ont fait l’objet d’expositions individuelles et collectives, notamment à la Galerie d’art Foreman de l’Université Bishop’s (Sherbrooke), au Hessel Museum of Art — CCS Bard (New York), au Musée d’art contemporain de Montréal, à OPTICA, un centre d’art contemporain (Montréal), à la Galerie de l’UQAM (Montréal). Un essai dans la revue Prefix Photo sur les architectures improbables a été consacré à ses œuvres vidéographiques ainsi qu’une exposition au Prefix ICA (Toronto). Elle remporte en 2015 le Prix Victor-Martyn-Lynch-Staunton (arts médiatiques) du Conseil des arts du Canada.




 

Myriam Yates remercie le Conseil des arts et des lettres du Québec, le Conseil des arts du Canada et la SODEC.

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