Vernissage: le mercredi 24 octobre 2018, de 17h30 à 20h30


L’été dernier, Montréal célébrait le 50e anniversaire d’Expo 67, un événement majeur qui à l’époque a placé la ville à l’avant-plan de la scène internationale. Le tout récent projet de Jasmina Cibic—créé spécialement pour les espaces d’exposition de la Fondation et le contexte montréalais—consiste en une installation immersive portant sur la construction de la culture nationale et sur son instrumentalisation à des fins politiques dans le cadre des expositions universelles au 20e siècle. Le titre de l’exposition, Everything That You Desire and Nothing That You Fear [Tout ce que vous désirez et rien de ce que vous redoutez], s’inspire des discussions et des ententes de nature politique conclues au cours de la planification d’Expo 67 concernant ce que chaque pays devait présenter au public international.


Expo 67 est la dernière exposition universelle où l’ex-Yougoslavie a présenté un pavillon avant sa dissolution dans les années 1990—la dernière des quatre grandes expositions universelles à caractère politique à laquelle le pays a participé, chaque fois sous un nom différent: Barcelone en 1929, Paris en 1937, Bruxelles en 1958 et Montréal en 1967.


Le changement de nom de la Yougoslavie—et finalement sa disparition—devient le point de vue qu’adopte Cibic pour examiner les transformations esthétiques en art et en architecture en tant que «force de persuasion» (soft power) et stratégies politiques utilisées pour projeter une image de domination suprême sur la scène internationale. Comment les intérêts et la rhétorique d’un État déployés dans les arts et l’architecture peuvent-ils façonner la perception publique d’un lieu? Comment les gouvernements instrumentalisent-ils la culture pour former l’identité et la représentation nationale? La démarche de Cibic repose sur la recherche dans les archives et la collaboration avec divers spécialistes, ce qui lui permet de créer de somptueuses œuvres dans l’esprit du Gesamtkunstwerk (concept d’œuvre d’art total) qui allient les qualités particulières de l’installation, de la sculpture, de la photographie, de la performance et du cinéma. L’effet d’ensemble captive le spectateur et révèle les construits élaborés et mis en oeuvre par les gouvernements afin d’exercer un contrôle hégémonique.


Cibic propose une approche conceptuelle des deux bâtiments très différents de la Fondation afin d’établir des comparaisons et souligner des tensions entre les structures publiques sanctionnées par l’État (lesquelles sont souvent inaccessibles) et l’espace privé de la maison, où la machine fantomatique de la politique de l’État s’infiltre.


Dans ses œuvres, Cibic fait appel à plusieurs stratégies telles que la scénarisation, l’interprétation et la reconstitution afin de tisser des liens entre l’«art de gouverner» et celui de la mise en scène. Sa lecture féministe et critique des intrications complexes de l’art, du genre et du pouvoir étatique incite le spectateur à réfléchir aux stratégies employées dans la construction de la culture nationale. La proposition de Cibic est particulièrement pertinente dans le contexte actuel, alors que la ferveur nationaliste croît partout dans le monde, et elle résonne d’autant plus dans la nation canadienne, où le sentiment d’identité nationale est en constante évolution.


La trilogie filmique Nada est une commande de la ville d’Aarhus, capitale européenne de la culture 2017, du BALTIC Centre for Contemporary Art à Gateshead et du Kunstmuseen de Krefeld. Elle a été réalisée grâce au soutien du Musée d’art contemporain de Zagreb, du Conseil des arts d’Angleterre, de la Northern Film School de l’Université Leeds Beckett et des Waddington Studios à Londres.


Everything That You Desire and Nothing That You Fear [Tout ce que vous désirez et rien de ce que vous redoutez] bénéficie de l’appui de la Fondation Graham pour les études supérieures en arts visuels.


Entrée libre

URL : http://www.dhc-art.org/fr/jasmina-cibic-exposition

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